23 août 2008
Saint Augustin et autres lectures philosophiques ...
Depuis maintenant trois semaines je consacre presque l'essentiel de mon temps libre à la lecture de livres philosophiques, la lecture de Descartes a été suivie par celle de Saint Augustin, puis maintenant par celle de Spinoza...
Je me suis tout de suite demandé, en tant que chrétien, si il était justifiable de lire de la philosophie alors que si je cherche une doctrine du salut, ce que vise à faire, sans l'aide de Dieu, la philosophie, je l'ai déjà trouvé dans ma foi en Christ...Cette question n'est bien sûr qu'un point de départ, car pour moi, il est clair que foi et philosophie ne sont pas incompatibles.
Si nous prenons la définition de philosophie que donne Luc Ferry dans Apprendre à vivre, il apparait qu'elle se divise en trois parties distinctes mais interdépendantes : la theoria, qui est l'étude des choses, du monde, c'est l'étude du terrain philosophique, l'éthique ou morale, qui est la définition d'un code de conduite moral, la mise en place des règles du jeu philosophique, et la doctrine du salut, qui mets en place un moyen d'être sauvé par la philosophie.
En observant bien ces règles, il semble évident que de Christianisme remplit déjà la condition de la doctrine du salut et de l'éthique, mais cela est moins évident pour la theoria. Même si mes connaissances bibliques sont limitées, il me semble que la Bible aborde très peu les questions métaphysiques, comme la nature de l'âme, la nature du temps, etc. ...
En fait, on pourrait se représenter la doctrine chrétienne, de manière basique, avec un schéma simple : Dieu est la cause de toutes choses, il est le créateur et n'a été créé par aucun autre, autrement dit il est sa propre cause, pour paraphraser Spinoza. L'Homme découle de Dieu, il trouve sa cause en Dieu, il ne peut exister sans Lui, et son origine est en Dieu. Ainsi, nous, chrétiens, admettons que nous ne sommes pas notre propre cause, notre existence dépend de Dieu. Ainsi Dieu est la cause de l'homme, et l'Homme est une fin en soi, il est une des finalités que Dieu a créé. Mais le christianisme ne se contente pas de démontrer que l'homme découle de Dieu, mais il indique comment retourner à Dieu, c'est à dire à sa propre cause. Le parcours du chrétien part donc de Dieu, pour arriver à l'homme, puis revient à Dieu. Ce moyen de revenir à Dieu, c'est la foi en Jésus Christ, elle est la doctrine du salut.
Notre éthique nous a été donnée par le Christ Lui même, puis par les auteurs des épîtres, qui ont défini la morale chrétienne qui est encore la nôtre aujourd'hui.
Ne reste donc que la theoria. Et en effet il est frappant de voir à quel point cet aspect est absent de la Bible. Non pas qu'il faut voir cela comme un défaut, ou dire que la Bible soit incomplète, simplement la Bible n'est pas un manuel de métaphysique, elle est seulement le recueil de la morale et de la doctrine du salut chrétiens.
Voilà pourquoi Saint Augustin, ancien professeur de rhétorique ayant étudié la philosophie des anciens grecs, se questionne autant sur des questions métaphysiques auxquelles la Bible ne répond pas. Quelle est la nature de l'âme, est ce que Dieu y est contenu, quelle est la nature du temps, comment se fait-il que nous puissions mesurer le temps, la passé et le présent existent-ils ? etc. ...
Et ce champ appartient je crois au chrétien philosophe. Car de la cause (Dieu) à l'effet (l'Homme), puis de l'effet à la finalité (le retour à Dieu), nous ne connaissons pas tous les mécanismes métaphysiques. Et même si nous admettons que de par notre finitude nous ne sommes pas à même d'avoir une connaissance absolue, il ne nous est pas pour autant interdit de rechercher une meilleure compréhension des choses. Car ce serait un raisonnement logique un peu trop simpliste de dire que si Dieu avait voulu nous instruire de ces choses, ils les aurait consigné dans l'écriture. L'infinité de Dieu ne devrait pas être le refuge de l'ignorance, comme le remarquent souvent les athées. Il appartient aussi au chrétien de faire témoignage d'une connaissance du monde et de la nature des choses de Dieu, pour autant que cela soit possible, afin de ne pas fournir aux détracteurs de la religion une image d'ignorance pieuse qui se réfugie dans des idoles pour masquer son incapacité à affronter le réel.
Ainsi, il est tout à fait justifiable de philosopher en acceptant les limites de la connaissance humaine, et cette philosophie n'est pas vaine...
Mais qu'en est-il des auteurs non-chrétiens ? Quel est l'intérêt pour un croyant de se plonger dans la lecture de Nietzche, de Spinoza ? Devons nous les avoir en horreur et répugner à avoir le moindre contact avec ces oeuvres ?
Il me semble que la lecture de doctrines philosophiques non-chrétiennes est un bénéfice pour le croyant. Sur le plan personnel, car la confrontation avec des philosophies divergentes ou même franchement hostiles à nos convictions nous permet de consolider notre foi, elle est un flagrant exemple de ce que l'homme cherche à saisir par la raison alors que cela lui est inaccessible. Je n'entend pas par là que l'homme n'a pas la capacité d'arriver par la raison à certaines vérités, mais que lorsque, comme Descartes, on essaie de prouver par un raisonnement l'existence de Dieu, ou comme Spinoza on cherche à connaître la véritable nature de Dieu, on fait nécessairement fausse route. On essaie de saisir par des moyens humains ce qui a été mis à portée de l'homme par Dieu au moyen de la foi seule.
De plus, il me semble que si une des missions fondamentales du chrétien est d'évangéliser, il ne peut se restreindre à cultiver une connaissance de la seule pensée chrétienne. Prenons un exemple, un chrétien qui ne ferait qu'écouter de la musique chrétienne, lire des livres chrétiens, se rendre à des réunions chrétiennes, en excluant le plus possible de sa vie toute culture non-chrétienne. Cette personne sera sans doute bien en peine, au moment d'évangéliser, de toucher le coeur des non-croyants. En effet, par quels moyens va-t-il engager la conversation, comment va-t-il attirer une attention bienveillante chez son interlocuteur ? Sans aucun point commun culturel avec cette personne, il devra inévitablement commencer par une phrase comme "Excusez moi, pourrais-je prendre un moment pour vous parler de Jésus ?", ou encore "Je suis heureux dans la vie car je suis sauvé, et vous ?", ce qui est, il me semble, la manière la plus basique d'évangéliser, celle qui a le moins de chance de porter des fruits, car ces phrases sont trop abruptes et incongrues, elles éveillent chez l'interlocuteur une méfiance et il a tôt fait de taxer la personne de fanantique ou d'intégriste.
Il me semble qu'il en est de même pour la philosophie. Nous ne pouvons pas toucher les autres en nous cantonnant uniquement à une connaissance chrétienne. Car de notre côté aussi cela nourrit des préjugés. Sans connaissance aucune de la conception de la vie d'une personne athée, nous avons tôt fait de le catégoriser comme égoïste, débauché, vaniteux, voir même immoral. Cette réaction excessive est nourrie par l'ignorance. Penserions-nous ainsi si nous avions lu le traité d'athéologie d'Onfray, ou les oeuvres de Nietzche ? Nous ne pouvons pas nous satisfaire d'une démarche d'évangélisation qui consiste à aller vers des personnes dont nous ignorons bien trop, afin de leur imposer en bloc notre foi sans essayer de les y guider depuis leur propres conceptions jusqu'à la nôtre.
Pour moi, la lecture d'auteurs non-chrétiens me parait presque tout aussi importante que la lecture de livres chrétiens, car en ne connaissant que la pensée chrétienne, on prend le risque de ne convertir que des sauvés, et cela, bien sûr, serait bien dommage ...
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